dimanche 28 mars 2010

Recrutement 2010: affaiblir le public, renforcer le privé.

Cette année, le nombre de postes offerts aux concours de l'enseignement privé (CAFEP) n'a pas été publié en même temps que le nombre de postes offerts aux concours du public (CAPES).
A voir les chiffres, on comprend ce décalage : alors que le nombre de postes au CAPES externe (enseignement public) est en légère diminution, le nombre de postes prévus pour le CAFEP (concours de l'enseignement privé) est cette année multiplié par deux (1260 postes contre 569 l'an dernier).
En lettres modernes, 40 postes disparaissent ainsi du concours du public, mais 126 postes sont créés dans le privé. En anglais, c'est 42 postes en moins pour le public, 52 postes en plus pour le privé.
Rappelons que le nombre de postes offerts au CAPES est toujours largement inférieur au nombre de départs en retraite. Le ministère prévoit la suppression de 16.000 postes à la rentrée prochaine, pour une économie de 500 millions d'euros, soit 3% du cout de paquet fiscal pour 2010.
Pendant qu'il désarme l'enseignement public, le gouvernement mène une politique générale de soutien de l'enseignement privé. Depuis mars 2008, les établissements publics sous contrats ne sont plus obligés de soumettre à l’Etat le détail de leurs enseignements. Depuis septembre 2009, les municipalités sont tenues de financer les écoles privées d'autres communes, si leurs résidents ont choisi d'y scolariser leurs enfants (loi Carle).
Enfin, le gouvernement ferme des dizaines de lycées professionnels publics, tout en multipliant l’ouverture de classes dans les lycées professionnels privés. En conséquence, les postes offerts au recrutement pour les lycées professionnels du privé ont plus que triplé: 291 postes cette année contre 91 en 2009.

Le Ministère compte-t-il médiatiser, assumer et justifier cette différence de traitement entre le public et le privé ?

Sources:
http://www.education.gouv.fr/cid4588/contrats-offerts-cafep-capes.html
http://info.france2.fr/education/Ecoles-priv%C3%A9es:-la-loi-Carle-adopt%C3%A9e-57644345.html

jeudi 25 mars 2010

LA CRISE DE L'ECOLE: LE POINT DE VUE ECONOMIQUE

Guillaume Duval, Alternatives économiques.

Si l'école est en crise, comme l'illustrent les récentes grèves des professeurs, cela résulte en grande partie d'un simple choix budgétaire, qui se traduit par une baisse de la part des dépenses d'éducation dans le PIB.

Ces derniers jours, l'école a été à la une des médias avec une série d'incidents en matière d'insécurité. Ces problèmes illustrent un malaise plus profond et traduisent la dévalorisation de l'institution scolaire. Celle-ci a en effet cessé d'être une priorité tant pour la société que pour ceux qui nous gouvernent...

mercredi 24 mars 2010

La réforme managériale et sécuritaire de l'école: un article de fond.

PAR CHRISTIAN LAVAL, Université Paris X - Nanterre

L’école-entreprise, tel semble bien être l’objectif des nouveaux réformateurs de l’école [...]. Ne serait-il pas temps de faire de l’école une machine « efficace », de la soumettre à la saine pression concurrentielle du marché, à l’évaluation généralisée des résultats, à la surveillance numérique des élèves et des professeurs, au dépistage des comportements anormaux ? L’heure n’est plus à la démocratisation de la culture, elle est à la croissance de la productivité des enseignants et à leur mutation en hommes d’entreprise.

mardi 16 mars 2010

MARDI 16 MARS 2010

12H-14H
Diffusion de tracts au centre commercial de Gonesse

Deux délégations de professeurs grévistes de René Cassin rendent visite aux collègues des lycées Romain Rolland (Goussainville), et Simone de Beauvoir (Garges-lès-Gonesse) pour les informer sur les actions prévues et les contenus de la réforme

18H
Début de l'occupation du lycée René Cassin, avec parents, professeurs, et tous ceux qui souhaitent s'informer des conséquences de la réforme du lycée !

POURQUOI NOUS REFUSONS LA REFORME DU LYCEE

Les professeurs du Lycée René Cassin de Gonesse sont en lutte contre la réforme du lycée de Luc CHATEL, ministre de l’Education Nationale. Cette réforme démagogique nuit gravement au principe républicain d’égalité des chances et aux conditions d’un enseignement de qualité qui prépare tous les élèves au Baccalauréat et à l’enseignement supérieur.
Cinq raisons motivent notre rejet de cette réforme.

1) L’objectif purement comptable de la réforme:

La réforme masque mal son objectif : poursuivre et intensifier la politique de suppression de postes dans l’Education Nationale (13.500 cette année, 16.000 à la rentrée 2010, 80.000 au total entre 2007 et 2012). Une éducation du moindre coût qui sacrifie la formation des élèves au nom de la rentabilité.
Ces suppressions de poste sont inadaptées aux évolutions démographiques censées les justifier : dans notre lycée, depuis 2 ans, c’est 6 professeurs en moins pour environ 80 élèves de plus.
Cette suppression massive des postes explique le non-remplacement des professeurs absents. Le gouvernement veut faire appel désormais à des étudiants en cours de formation et à de jeunes retraités : l’éducation de nos enfants doit être assurée par des professionnels de l’enseignement !

2) La dégradation de la formation des enseignants:
La suppression de l’année de stage précédant l’entrée dans le métier livrera les jeunes professeurs à la réalité du métier sans aucune préparation. Des professeurs et des élèves perdants !
La formation universitaire des futurs enseignants est dégradée. La réduction de la part de savoirs propres à la matière enseignée prive les professeurs des connaissances solides indispensables pour faire face à des élèves exigeants et curieux, et gagner leur confiance pour les faire progresser.

3) Les nouveautés pédagogiques contenues dans la nouvelle maquette d’enseignement, une série d’impostures:

L’accompagnement personnalisé conduira à des aberrations pédagogiques. Comment placer les élèves au centre d’un suivi cohérent, gage d’efficacité, si les cours de méthode, de soutien et de perfectionnement, mélangent des élèves de classes différentes, confiés à un professeur pour quelques séances, dans des groupes sans cesse recomposés ? De plus, l’aide individualisée existe déjà en seconde, il s’agit donc d’une imposture, et non d’une innovation.
Promettre des stages passerelle pour corriger les erreurs d’orientation est un mensonge délibéré. D’une part, notre ministre laisse croire qu’on peut passer d’une filière à l’autre en cours d’année, en suivant quelques heures de cours pendant les vacances scolaires. D’autre part, les réorientations en cours d’année seront décidées par le conseil de classe à titre exceptionnel, et ne seront pas automatiquement accordées aux élèves qui en feront la demande. Encore une imposture !
La prise en charge de l’orientation doit incomber aux professionnels (Conseillers d’Orientation-psychologues) et dans une moindre mesure aux professeurs principaux. Nous refusons que 2h hebdomadaires soient prélevées sur la dotation horaire du lycée pour qu’un professeur de physique, de langues, ou de philosophie en ait, seul ou en alternance, la charge et la responsabilité. A chacun son métier et sa compétence.

4) Un désastre pour la qualité de l’enseignement :
Les effectifs sont de plus en plus lourds : des cours en classe entière à 35 élèves
Les « innovations » pédagogiques sont réalisées à budget constant. Les heures de soutien et de perfectionnement ne sont pas ajoutées, mais prélevées sur les heures de transmission de savoirs et de préparation à l’examen. De plus, la plupart des options sont amputées d’1h30 par semaine, et deviennent « enseignements d’exploration » (Arts, SES, Eco-gestion...) au contenu superficiel.
Les professeurs refusent également de mettre en oeuvre les contenus ineptes et utilitaristes de ces nouveaux enseignements : l’option « Méthode et pratique scientifique », propose par exemple les items : « cosmétologie » (« préserver », « maquiller », « réparer »), ou encore « science et investigation policière », au lieu de dispenser un enseignement fondamental, préparant sérieusement au baccalauréat et contribuant à la formation intellectuelle et citoyenne de l’élève.

5) L’autonomie des lycées : une illusion !
En réalité, le ministère renforce les inégalités entre les établissements et rend instables les structures pédagogiques des lycées d’une année sur l’autre. Dans les faits, les nouveaux horaires définis pour la classe de Seconde par les textes officiels s’avèrent strictement indicatifs: 4h de cours pour l’élève en français dans les textes, deviennent 3h en classe entière au lycée René Cassin et 5h dans un établissement voisin.
Cela signifie que l’on renonce à dispenser le même enseignement d’un lycée à l’autre, et donc la fin d’une Education véritablement « nationale ».
La mise en concurrence des établissements est désastreuse pour l’égalité des chances : pendant que l’on fera de la grammaire et de l’orthographe 3h par semaine à René Cassin, d’autres lycées offriront aux futurs bacheliers des cours d’histoire littéraire et de quoi nourrir des dissertations, même chose dans les autres disciplines.