POURQUOI NOUS REFUSONS LA REFORME DU LYCEE

Les professeurs du Lycée René Cassin de Gonesse sont en lutte contre la réforme du lycée de Luc CHATEL, ministre de l’Education Nationale. Cette réforme démagogique nuit gravement au principe républicain d’égalité des chances et aux conditions d’un enseignement de qualité qui prépare tous les élèves au Baccalauréat et à l’enseignement supérieur.
Cinq raisons motivent notre rejet de cette réforme.

1) L’objectif purement comptable de la réforme:

La réforme masque mal son objectif : poursuivre et intensifier la politique de suppression de postes dans l’Education Nationale (13.500 cette année, 16.000 à la rentrée 2010, 80.000 au total entre 2007 et 2012). Une éducation du moindre coût qui sacrifie la formation des élèves au nom de la rentabilité.
Ces suppressions de poste sont inadaptées aux évolutions démographiques censées les justifier : dans notre lycée, depuis 2 ans, c’est 6 professeurs en moins pour environ 80 élèves de plus.
Cette suppression massive des postes explique le non-remplacement des professeurs absents. Le gouvernement veut faire appel désormais à des étudiants en cours de formation et à de jeunes retraités : l’éducation de nos enfants doit être assurée par des professionnels de l’enseignement !

2) La dégradation de la formation des enseignants:
La suppression de l’année de stage précédant l’entrée dans le métier livrera les jeunes professeurs à la réalité du métier sans aucune préparation. Des professeurs et des élèves perdants !
La formation universitaire des futurs enseignants est dégradée. La réduction de la part de savoirs propres à la matière enseignée prive les professeurs des connaissances solides indispensables pour faire face à des élèves exigeants et curieux, et gagner leur confiance pour les faire progresser.

3) Les nouveautés pédagogiques contenues dans la nouvelle maquette d’enseignement, une série d’impostures:

L’accompagnement personnalisé conduira à des aberrations pédagogiques. Comment placer les élèves au centre d’un suivi cohérent, gage d’efficacité, si les cours de méthode, de soutien et de perfectionnement, mélangent des élèves de classes différentes, confiés à un professeur pour quelques séances, dans des groupes sans cesse recomposés ? De plus, l’aide individualisée existe déjà en seconde, il s’agit donc d’une imposture, et non d’une innovation.
Promettre des stages passerelle pour corriger les erreurs d’orientation est un mensonge délibéré. D’une part, notre ministre laisse croire qu’on peut passer d’une filière à l’autre en cours d’année, en suivant quelques heures de cours pendant les vacances scolaires. D’autre part, les réorientations en cours d’année seront décidées par le conseil de classe à titre exceptionnel, et ne seront pas automatiquement accordées aux élèves qui en feront la demande. Encore une imposture !
La prise en charge de l’orientation doit incomber aux professionnels (Conseillers d’Orientation-psychologues) et dans une moindre mesure aux professeurs principaux. Nous refusons que 2h hebdomadaires soient prélevées sur la dotation horaire du lycée pour qu’un professeur de physique, de langues, ou de philosophie en ait, seul ou en alternance, la charge et la responsabilité. A chacun son métier et sa compétence.

4) Un désastre pour la qualité de l’enseignement :
Des effectifs de plus en plus lourds : des cours en classe entière à 35 élèves
Les « innovations » pédagogiques sont réalisées à budget constant. Les heures de soutien et de perfectionnement ne sont pas ajoutées, mais prélevées sur les heures de transmission de savoirs et de préparation à l’examen. De plus, la plupart des options sont amputées d’1h30 par semaine, et deviennent « enseignements d’exploration » (Arts, SES, Eco-gestion...) au contenu superficiel.
Les professeurs refusent également de mettre en oeuvre les contenus ineptes et utilitaristes de ces nouveaux enseignements : l’option « Méthode et pratique scientifique », propose par exemple les items : « cosmétologie » (« préserver », « maquiller », « réparer »), ou encore « science et investigation policière », au lieu de dispenser un enseignement fondamental, préparant sérieusement au baccalauréat et contribuant à la formation intellectuelle et citoyenne de l’élève, au surplus compromise par des effectifs de plus en plus lourds (classes de 35 élèves).

5) L’autonomie des lycées : une illusion !
En réalité, le ministère renforce les inégalités entre les établissements et rend instables les structures pédagogiques des lycées d’une année sur l’autre. Dans les faits, les nouveaux horaires définis pour la classe de Seconde par les textes officiels s’avèrent strictement indicatifs: 4h de cours pour l’élève en français dans les textes, deviennent 3h en classe entière au lycée René Cassin et 5h dans un établissement voisin.
Cela signifie que l’on renonce à dispenser le même enseignement d’un lycée à l’autre, et donc la fin d’une Education véritablement « nationale ».
La mise en concurrence des établissements est désastreuse pour l’égalité des chances : pendant que l’on fera de la grammaire et de l’orthographe 3h par semaine à René Cassin, d’autres lycées offriront aux futurs bacheliers des cours d’histoire littéraire et de quoi nourrir des dissertations, même chose dans les autres disciplines.